Un texte court peut être un texte riche

 250px-Candide1759Pour ce premier article, nous allons nous pencher sur un livre très connu et dont la popularité réside dans le fait que les problèmes que dénonce l’auteur sont encore d’actualité : Candide de Voltaire.

     Cet ouvrage est un conte très court mais qui nécessite pour autant plusieurs relecture pour en saisir le véritable sens qu’à voulu en donner Voltaire. Il serait impossible de vouloir en faire une description complète ici nous nous pencherons donc sur certains points en particulier.

 

 Présentation de l’auteur et du contexte :

     Tout d’abord, ce livre a été écrit par Voltaire sous un pseudonyme (Monsieur le Docteur Ralph ) afin de contourner la censure qui était en vigueur en France lors de ses différentes parutions. Il faut aussi noter que le texte que nous pouvons actuellement trouver en librairie a subi de nombreuses modifications depuis le premier jet qu’en avait fait Voltaire et la compréhension du sens du texte nécessite la connaissance du contexte de l’époque avec la guerre de 7 ans, le tremblement de terre à Lisbonne ou encore la philosophie des Lumières (rédaction de l’Encyclopédie, censure, …) qui aboutira à la révolution Française en 1789.

 

La place de la religion dans Candide : 

     Le conte commence en Westphalie qui est une région d’Allemagne. Malgré le fait que Voltaire se garde bien d’évoquer directement Dieu dans Candide, il occupe une place importante dans le récit.  En effet, dès le début du conte, un parallèle immédiat avec la Genèse  et plus particulierement l’histoire d’Adam et Eve peut être remarqué, le Château du baron de Thunder-ten-tronckh où résidait Candide étant comparé à Paradis Terrestre (cf : Chap 2) jusqu’à son rapprochement initié par la belle Cunégonde (=> la pomme) qui lui vaut d’être chassé du Château (=> Jardin d’Eden) et d’endurer malheur après malheur.

 

      Plutôt que d’attaquer directement les idées qu’il dénonce, il va réaliser une satire, c’est à dire une critique d’un sujet sous forme de moquerie.

    Candide s’articule autour de deux philosophies totalement opposées, celle de Leibniz : l’Optimisme que critique Voltaire qui consiste à considérer que Dieu est parfait et qu’il a crée le meilleur monde possible, c’est à dire qu’il reconnaît que le mal existe mais qu’il est négligeable par rapport au bien qui lui est infiniment grand puisque chaque malheur est relatif et par un jeu de cause à effet entraine un bien plus grand et sa philosophie contraire : le Pessimisme qui consiste à considérer que tout est mal.

 

 Pour incarner ces deux philosophies, Voltaire introduit deux personnages :

 

     L’optimisme est incarné par un personnage présent dès le début du conte nommé Pangloss, il est précepteur au Château du Baron de Thunder-ten-tronckh et est tourné en ridicule tout au long du récit. Tout chez lui porte à rire, son nom qui peut être traduit par beau parleur, la matière qu’il enseigne la Meta-physico-Théologo-Cosmolonigologie où phonétiquement on peut entendre le mot nigaud. Tout au long du récit il mélange causes et effets ce qui dévoile l’absurdité de ses propos « Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. », et à la différence de Candide qui voit sa philosophie évoluer, le précepteur s’enlisera dans ses idées jusqu’à prouver à sa manière que tous les évènements qui ont eu lieu ont été bénéfiques : « Pangloss disait quelquefois à Candide: « Tous les événements sont enchainés dans le meilleur des Mondes possibles; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau Château à grands coups de pied dans le derrière, pour l’amour de Mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez au Baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédras confits et des pistaches. »

 

      Voltaire installe au cours du voyage un autre personnage Martin qui est le parfait contraire de Pangloss et qui défend pour sa part le pessimisme : « Je n’ai guère vu de ville qui ne désirât la ruine de la ville voisine, point de famille qui ne voulut exterminer quelque autre famille. Partout les faibles ont en exécration les puissants devant lesquels ils rampent. »

 

     Contrairement à la logique habituelle, Candide ne va pas suivre une progression uniforme dans son raisonnement en remettant en cause la philosophie de Pangloss pour adhérer à celle de Martin. Au début, c’est effectivement le schéma qui se dégage, les différents malheurs qui touchent ce dernier lui font remettre en cause que « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible » mais il arrive un moment où il considère à tour de rôle les deux philosophies sans faire de choix en ne se limitant qu’à l’instant présent et il faudra attendre le tout dernier chapitre pour que la situation progresse réellement. Candide a ouvert les yeux et n’adhère plus à la philosophie optimiste de Pangloss, pour autant il n’est pas plus convaincu par celle de Martin et il adopte une pensée à mi-chemin entre les deux.

 

Candide va ainsi énoncer ce que l’on appelle aujourd’hui la parabole du jardin :

 

     Il remarque d’une part qu’un homme qui obtient tout ce qu’il veut et qui ne connait pas le chagrin n’est pas malheureux puisqu’il possède la sérénité matérielle et intellectuelle mais qu’il n’est pas pour autant heureux et qu’au contraire il s’installe dans un routine où il n’éprouve plus d’enthousiasme. (cf : Pococuranté). De plus, ces personnes peuvent tout perdre (cf : rois déchu).

     Il pourrait ainsi se rallier à la philosophie de Martin qui considère que tout est mal mais cela ne le convainc pas nécessairement plus et c’est sa rencontre avec un vieillard musulman qui vit en autarcie qui va l’éclairer.

 

     Il dégage ainsi plusieurs conclusions. Pour commencer, il se rend compte des vertus du travail qui selon le vieillard « éloigne l’ennui, le vice, et le besoin » et fait l’éloge des activités manuelles qui mettent en avant les talents de chacun pour la pâtisserie, la menuiserie, … qui sont utiles à la communauté et agréable à exécuter. Ensuite, Voltaire met en avant le fait qu’il faut se contenter de sustenter à ses besoins et se satisfaire d’une vie simple d’un « petit terrain » comme celui du vieillard qui n’a que « vingt arpents », que de prétendre à de plus grand bien que l’on peut perdre du jour au lendemain. Enfin, il met en avant la futilité et l’inutilité des longs discours que peut tenir Pangloss, Martin quant à lui suggère qu’il faut « travailler sans raisonner » puisque « c’est le seul moyen de rendre la vie supportable ». Candide constate pour sa part qu’il a été enrichi par ses expériences et qu’il est important de travailler à l’amélioration du monde puisque le travail contribue au bonheur et qu’il est inutile de se poser des questions d’ordre métaphysique pour lesquels nous n’avons pas de réponses mais « cultiver notre jardin », c’est à dire enrichir notre connaissance de ce qui nous est accessible. 

 

 Génèse : C’est premier livre de la Torah et de la Bible hébraïque et qui aurait été dicté par Dieu à Moise. On y trouve notamment l’origine de la formation du monde et l’histoire d’Adam et Eve dont nous donnerons un résumé très sommaire :

Adam et Eve vivent dans le Jardin d’Eden (le paradis) jusqu’à ce que le serpent incite Eve à manger la Pomme ce qui lui avait été formellement interdit par Dieu. Pour les punir, ce dernier les laisse libre de découvrir le bien et le mal (la souffrance, la mort, …) et les chasse du Jardin d’Eden.

 

Pour aller plus loin :

 

  •      La critique de l’Optimiste se retrouve aussi dans un poème de Voltaire portant sur le tremblement de terre de Lisbonne dont on donnera un extrait (Texte intégral): 

« « Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi ! l’univers entier, sans ce gouffre infernal,
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Êtes-vous assurés que la cause éternelle
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ? »

  •      Il faut noter que Voltaire n’est pas athée et que dans son dernier grand écrit : Histoire de Jenni ou le sage et l’athée, il va énoncé une philosophie qui se rapprochera de celle de Leibniz en reconnaissant la prédominance du bien dans le monde avec un optimisme déiste qu’il avait justement critiqué dans Candide afin de combattre l’émergence de philosophe défendant un pessimisme athée. 

 

  •  Un autre point que nous n’avons pas traité dans Candide et qui a son importe est le chapitre sur l’Eldorado où Voltaire dessine le portrait d’un monde parfait mais totalement utopiste où les habitants sont heureux, riches, où tout le monde s’entend bien, c’est une terre de luxe et de richesse basé uniquement sur le bonheur et le plaisir et où politesse et savoir vivre sont le maitre môt. Tout est poussé à l’extrème afin que le lecteur comprenne de lui même qu’un monde comme celui ci n’est qu’un rêve et qu’il s’agit d’être réaliste. C’est le développement des idées de l’utopie exprimé par Thomas More dans son livre intitulé Utopia. On peut également avoir en tête l’utopie d’un monde idéal qu’à exprimé Montesquieu dans les Lettres Persanes.

 

  • Enfin, Voltaire a été très fortement influencé (comme un certains nombres de philosophe des Lumières) par la philosophie de John Locke dont il fera l’éloge dans ses Lettres philosophiques.

 

 

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